T'es plutôt NIMBY ou NIABY, toi ?

In da city

Ton fils à la batterie, je suis pour ! Tant qu’on est pas voisins. Et pour les éoliennes, c’est pareil, j’adore l’idée, mais peut-être pas derrière ma maison. On avoue, nous aussi, ça nous arrive d’être NIMBY, pour Not In My Back Yard - ou pas dans mon jardin : d’approuver un projet pourvu qu’il se fasse loin de chez nous. Même si l’expression est plutôt connotée négativement, elle a l’avantage de montrer une chose : la tension qui peut exister entre l'utilité d’un projet en théorie, et la réalité de son existence sous nos yeux, entre l’intérêt individuel et collectif.

Tu as peut-être aussi ce pote de pote pas ravi qu’une ligne de TGV à grande vitesse passe devant sa maison ou cette personne dont les avions survolent le jardin, et celle qui dit qu’elle a mal à la tête depuis qu’on a installé une antenne-relais au bout de sa rue, ceux qui se mobilisent pour refuser un incinérateur dans leur coin.... Si par le passé, l'État pouvait aménager le territoire sans rencontrer de vraie résistance, aujourd’hui, les riverains se mobilisent de plus en plus contre ces projets, forçant les pouvoirs publics à mettre en place des processus de concertation, voire à stopper les projets.

En plus des riverains, les rangs des opposants sont aussi gonflés par des militants qui rejoignent la contestation au nom de valeurs universelles ou souci écologique. Ce sont les NIABY : Not In Anyone’s Backyard - dans le jardin de personne. Ce fut notamment le cas dans les 70’s avec le projet d’extension d’un camp militaire dans le Larzac : l’opposition, d’abord constituée de paysans locaux menacés d’expropriation, a finalement rassemblé plus de 60 000 personnes, incluant des militants ultra divers : syndicaux, trotskystes, maoïstes, nationalistes, féministes, écolos etc. C’est ainsi, qu’après 10 ans, le projet a été abandonné par Mitterrand.

Depuis cette mobilisation iconique, on voit se créer de plus en plus de ZAD (zone à défendre), dans lesquelles des opposants s’installent pour bloquer les travaux. Tu te souviens sans doute de celle de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), ce projet d’aéroport près de Nantes, finalement abandonné par le gouv d’Edouard Philippe en 2018.

Mais justement, il existe des moments où les locaux et les militants extérieurs autour d’un projet ne sont pas d’accord, dans le cas de NDDL : à part un noyau central très opposé au projet, la population locale y était plutôt favorable, mais plus on s’éloignait du terrain visé, plus l’opposition était forte.

Publié dans la Quotidienne du
19/5/21