Sous nos yeux, la BD pour analyser si ton movie du dimanche soir est plutôt female ou male gaze

Culture

Comme un voile sur mes yeux. Ça t'est déjà arrivée de te sentir mal à l'aise face à une scène de sexe dans un film ou une série ? Selon Iris Brey, universitaire, journaliste et critique ciné spécialisée sur le genre, de la même façon que le regard des réalisateurs de films pèse sur son résultat final, celui des spectateurs joue aussi. Consciemment ou non, la plupart des films sont réalisés et regardés avec un "male gaze", un regard masculin, quelque soit le genre de la personne qui filme ou de celle qui regarde : les personnages féminins dans les films sont souvent objectivés et décrits comme des objets de désir. Ce concept a été théorisé par l’intellectuelle anglaise Laura Mulvey dès 1975.

Face à cela, on oppose le "female gaze" , mais ce n'est pas l'exact inverse, dans le sens où cela ne signifie pas qu'on va objectiver les hommes et filmer leur fesses à eux plutôt que celles des actrices. Non, on reconnaîtrait un female gaze au fait de pouvoir réellement se glisser dans la peau des personnages, de voir à travers leurs yeux. Comme une nouvelle façon de faire et regarder le cinéma.

Exemple : une histoire d'amour lesbienne peut-être racontée et ressentie très différemment : d'un côté, La vie d’Adèle, réalisé par Abdellatif Kechiche chosifie les 2 personnages principales, les scènes de cul sont clairement celles d'un fantasme masculin ; de l'autre, Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma, où l'on est à l'intérieur des personnages, on ressent leurs émotions et on n'a pas l'impression d'être des voyeuristes pendant les scènes de sexe.

C'est pour ça qu'Iris Brey propose de revoir les films en ayant cet outil d'analyse en tête, pour se forcer à prendre conscience de ce regard prégnant et majoritaire qui nous prive de tout un pan joyeux de créativité. Pour ça, elle publie une BD, Sous nos yeux qui analyse différentes séries et films et aide à les décrypter. C'est fait pour les ados, mais pour nous, ça marche aussi. Par exemple, elle commente Game of Thrones, l’une des séries les plus vues du monde. Une série où les scènes de viols sont, selon elle, « érotisées, voire banalisées » lorsqu’elles sont balancées sous nos yeux, alors même qu'on décrit cette série comme plutôt féministe puisque des femmes y occupent les postes clefs du pouvoir.

Psst. Pour binger avec le female gaze, par ici. Pour approfondir la théorie d'Iris Brey, son TEDx là.

Publié dans la Quotidienne du
28/5/21