Pour ou contre Tropicalia, la plus grande serre du monde

In da city

Bon, bien sûr, faut imaginer. En 2011, Cédric Guérin, vétérinaire fan de faune et flore tropicale a une idée pour partager sa passion avec le plus grand nombre : installer une grande serre près de Berck, dans le Pas-de-Calais, plutôt que de mettre tout le monde dans des avions direction les tropiques. Ce sera la plus grande du monde - 2 hectares au sol et 30 m de hauteur, soit un total de 20 000 m2 - et ça s’apelerio, Tropicalia. Du fait de sa taille, de l’importance des pépettes qu’il va mobiliser, des différents échelons d’acteurs qu’il touche et des différentes innovations qu’il nécessite, on considère qu’il entre dans la catégorie des “grands projets”. Oui, ces projets mastodontes qui modifient profondément un environnement, comme la construction d’une autoroute, d'une ligne de train à grande vitesse, ou d’un nouveau quartier.

Bref, le programme de Tropicalia c’est de reconstituer une sorte de jardin d’Eden, avec le cuicui des oiseaux tropicaux, et hop un papillon rare qui vient sur ton épaule, et wow cette fleur exotique, et attends, mate ces cascades. L’objectif, en immergeant les visiteurs dans un écosystème fantastique, c’est de sensibiliser à l’importance de la biodiversité. Pourtant, la biodiversité, c’est justement l’un des arguments de ses opposants.

Yep, comme c’est de plus en plus le cas quand il s’agit de grands projets, une opposition forte s’est constituée, pour laquelle le projet est inutile et incompatible avec les enjeux écologiques. Pour les détracteurs, côté biodiversité, il faudrait plutôt valoriser les espèces menacées localement, au lieu d’aller chercher des animaux au bout du globe. Quand l’un avance que cette serre sera un bijou de technologie qui n’utilisera pas d’énergie fossile et gagne des prix d’architecture pour son intégration paysagère hors pair, l’autre répond que, globalement, le mieux serait plutôt de retransformer la friche destinée à accueillir le projet en champs cultivés, ou, d’y mettre des entreprises locales qui cherchent des lieux, pour éviter d’avoir à bétonner encore plus la campagne des Hauts-de-France.

Publié dans la Quotidienne du
12/5/21