Écriture inclusive : c'est quoi ?

In da city

Écriture inclusive tu perds ton sang froid. Le 23 février 2021, un groupe de parlementaires, surtout LREM, a déposé une proposition de loi pour interdire « l’usage de l’écriture inclusive pour les personnes morales en charge d’une mission de service public ». Le texte vise spécifiquement un type d’écriture inclusive : la « graphie faisant ressortir l’existence d’une forme féminine », autrement dit, le fameux « point médian ».

Si c’est surtout ce point qui cristallise les critiques, le concept d’écriture inclusive est en fait vachement plus large et les pros écriture inclusive proposent différents outils pour inclure davantage le féminin dans la langue :

  • La re-féminisation des noms de métiers. Oui, « re » car jusqu’au 17e siècle on disait « autrice » et « doctoresse » et la Marquise de Sévigné, épistolière de l’époque s’était élevée contre la masculinisation de ces mots voulue par l'Académie française - qui venait d'être créée - , elle l’accusait d’appauvrir la langue française. Boomerang : l’Académie a finalement validé cette féminisation en 2019.
  • La double flexion, cad la mention des 2 genres, comme le Général de Gaulle quand ses carottes étaient cuites : « Françaises, Français ».
  • L’écriture épicène, qui consiste à utiliser des mots neutres pour désigner un groupe comprenant hommes et femmes. C’est ce que fait souvent la Quotidienne. Par ex « les pros écriture inclusive » plutôt que les « partisanes et partisans de » .
  • La règle d’accord de proximité. On a appris à l’école qu’au pluriel, « le masculin l’emporte sur le féminin ». Pourtant, on utilise souvent cette règle, par ex « les prochaines semaines et mois » et pas " les prochains semaines et mois ".
  • Le point médian. Apparu vers 2007 dans les milieux féministes, il s’apparente pas mal à l’usage des parenthèses qu’on trouvait dans les formulaire(s) administratif(s) qui visent à montrer à la personne qu’elle peut désigner une chose ou plusieurs. Ce point est défendu et critiqué à la fois par les féministes et les autres : accusé de complexifier la lecture, de placer les femmes en fin de mot, ou simplement d’être moche.

Tu l’as capté, il y a plein de façons d’utiliser un langage inclusif, à l'oral & à l'écrit. Certaines sont plutôt admises, mais d’autres, plus nouvelles, créent des réactions épidermiques. Mais en fait, la différence entre les 2 camps, c’est qu’ils n’adhèrent pas au même postulat de base. Pour les Pros, la langue façonne la réalité et donc pour changer la réalité, il faut inclure davantage les femmes, par ex. Une petite fille qui apprend à l’école qu’il y a des pompiers et des pompières, pourra davantage se projeter dans ce métier. Pour les Anti, c’est l’inverse, c’est la réalité qui façonne le langage, et réformer le langage est superficiel tant que la société ne change pas. Bref, c’est la poule et l’œuf.

Publié dans la Quotidienne du
3/3/21