L'islamo-gauchisme, ce terme qu'on a pas appris à l'école

In da city

En octobre 2020, après l'assassinat du prof Samuel Paty, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer a déclaré « l’islamo-gauchisme fait des ravages ». On avoue, ce mot, on comprend que c'est plutôt une insulte, mais il n'est pas très clair pour nous. Spoiler : c'est normal, le fondement même de cette expression est contesté.

Le 1er à la définir est le politologue Pierre-André Taguieff, en 2002, qui l'utilise pour décrire une "convergence entre les intégristes musulmans et des groupes d’extrêmes gauche à la faveur d’ennemis communs ». Ok, donc, il y aurait des gens d'extrême gauche qui se retrouveraient dans les combats des musulmans traditionalistes. La convergence idéologique viendrait des 90's, années pendant lesquelles tant une partie de la gauche, que l'islamisme, s'érigent contre le capitalisme et le colonialisme.

Ce qui est étonnant avec ce terme, c'est que personne ne s'en revendique alors qu'il est de plus en plus utilisé et de manière plus large qu'au début. Il est prononcé surtout par la droite ou l'extrême-droite, pour critiquer au sens large la position de la gauche vis-à-vis de l'Islam - et non plus seulement du fondamentalisme musulman - dès qu'un débat autour de la laïcité émerge : il désigne tour à tour une sorte de complot dans lequel la gauche serait de mèche avec la "cause de l'Islam", un prétendu "laxisme" de la gauche envers la radicalisation ou, plus spécifiquement, une complaisance des universitaires qui s'intéressent à l'intersectionnalité (l'étude sociologique qui croise les discriminations liées à la race, le genre et la classe sociale) vis-à-vis de l'Islam politique.

Oké, et donc est-ce que ce terme désigne une réalité ? Dans ce débat très éclairant des copains du Drenche : pour certains, y compris des gens de gauche, il existe une frange de la gauche qui, en défendant les musulmans comme un groupe stigmatisé, font le jeu, conscient ou inconscient, des islamistes. Pour d'autres, c'est une insulte qui n'a ni fondement, ni assise scientifique, ni réalité empirique.

Publié dans la Quotidienne du
3/2/21