Liban, nouveau pays pauvre

International
Par
L'équipe Voxe
Le
27/8/21

🗞 BEIRUT HABIBI

Ce qu'il se passe.
Le Liban est devenu pauvre.

Rembobine Jeanine, j'ai entendu que c'était chaud.
Très. Pénuries d’essence, d’eau, de médicaments, de produits de base, coupures d’électricité, routes défoncées, feux en panne… Depuis l’automne 2019, le pays s’enfonce dans l’une des pires crises économiques de l’histoire récente. 78% des Libanais ont basculé dans la pauvreté. Pour tous, c’est un gigantesque déclassement : les riches basculent vers la classe moyenne et ainsi de suite.

Il paraît. C'est à cause de l'explosion l'été dernier ?
Pas que, tu vas voir. En fait, c’est tout un cocktail destructeur. Une chute vertigineuse de la livre libanaise qui a perdu 90% de sa valeur ces derniers mois, accompagnée d’une inflation - une augmentation des prix - de 500% en 1 an sur les produits alimentaires par ex. En plus de tout ça, les banques ont mis en place des mesures de contrôle des capitaux et les épargnants ne peuvent plus disposer librement de leur argent.

Oké, mais c'est quoi le déclencheur ?
Atta, je te donne le contexte. En fait, le Liban vivait à crédit. On s'explique : le Liban n’a ni pétrole, ni gaz, ni minerai donc pas grand chose à revendre. Il importe la plupart de ce qu’il consomme donc, jusque là, sa richesse reposait très majoritairement sur son système financier. Et, c’est là le nœud de tout le problème.

Vas-y, je te suis.
Dans nos esprits d’occidentaux, le Liban des 30 dernières années, c’était un peu un mix entre la Suisse et Ibiza : banques et teuf. Et ce mirage a été financé par la dette de l’État qui a sponsorisé le niveau de vie de sa population, en maintenant une monnaie forte et lui permettant de consommer des biens importés sans se ruiner. Sauf que cette dette, a minima malsaine, était en plus accusée d'être frauduleuse. Comme un particulier peut s’enfoncer dans la spirale des crédits, le système bancaire libanais s’est financé en mode pyramide de Ponzi - la mécanique est détaillée ici si tu veux creuser - en rémunérant ses investisseurs avec les fonds des nouveaux entrants. Sauf que quand y’a plus d’entrants, le système s’effondre.

C'est ce qu'il s'est passé ?
Yep. À partir de décembre 2018, les pépettes qui alimentent la pyramide commencent à se tarir. En effet, la diaspora arrête d’envoyer des $ dans les banques libanaises, notamment à cause de la crise des réfugiés syriens - 1 million de Syriens arrivent dans le pays pour fuir la guerre chez eux - qui déstabilise le pays et aussi parce qu’elle se méfie de plus en plus d’un système corrompu. Le Liban est classé 149e sur 180 pays dans le monde en la matière.

Je vois, donc ça éclate à ce moment-là ?
Un peu après. Fin 2019, la dette est incontrôlable et atteint 155% du PIB, le système manque de monnaie fraîche et les pays étrangers et bailleurs de fonds du Liban refusent cette fois de financer le pays sans une série de réformes préalables. Du coup, faute de $$$$, la livre libanaise chute et c’est le début de la crise. Là, les Libanais manifestent et demandent la mise en place d’un système plus propre.

Et j'imagine que la pandémie n'a rien arrangé.
Exactement. À cela, tu ajoutes la pandémie et la double détonation au port de Beyrouth en août 2020 : la plus grosse explosion non nucléaire de l’histoire qui fait 200 morts, 6000 blessés et 300 000 sans abris. Et la boucle est bouclée.

Qu'est-ce qu'on a fait ?
Après ce drame, les pays étrangers, dont la France, distribuent de l’aide d’urgence mais conditionnent les aides structurelles, qui financent la reconstruction du pays, à des réformes de fond de l’État libanais et notamment à la lutte contre la corruption.

Et depuis ?
Il ne s’est quasi rien passé. Le pays est administré par un gouvernement démissionnaire qui gère les affaires courantes. Après 9 mois de négo, la dernière tentative pour former un gouv réformateur a échoué le 15 juillet. La communauté internationale continue de pallier l’urgence mais attend un gouvernement pour sauver le pays.

🗞 BEIRUT HABIBI

Ce qu'il se passe.
Le Liban est devenu pauvre.

Rembobine Jeanine, j'ai entendu que c'était chaud.
Très. Pénuries d’essence, d’eau, de médicaments, de produits de base, coupures d’électricité, routes défoncées, feux en panne… Depuis l’automne 2019, le pays s’enfonce dans l’une des pires crises économiques de l’histoire récente. 78% des Libanais ont basculé dans la pauvreté. Pour tous, c’est un gigantesque déclassement : les riches basculent vers la classe moyenne et ainsi de suite.

Il paraît. C'est à cause de l'explosion l'été dernier ?
Pas que, tu vas voir. En fait, c’est tout un cocktail destructeur. Une chute vertigineuse de la livre libanaise qui a perdu 90% de sa valeur ces derniers mois, accompagnée d’une inflation - une augmentation des prix - de 500% en 1 an sur les produits alimentaires par ex. En plus de tout ça, les banques ont mis en place des mesures de contrôle des capitaux et les épargnants ne peuvent plus disposer librement de leur argent.

Oké, mais c'est quoi le déclencheur ?
Atta, je te donne le contexte. En fait, le Liban vivait à crédit. On s'explique : le Liban n’a ni pétrole, ni gaz, ni minerai donc pas grand chose à revendre. Il importe la plupart de ce qu’il consomme donc, jusque là, sa richesse reposait très majoritairement sur son système financier. Et, c’est là le nœud de tout le problème.

Vas-y, je te suis.
Dans nos esprits d’occidentaux, le Liban des 30 dernières années, c’était un peu un mix entre la Suisse et Ibiza : banques et teuf. Et ce mirage a été financé par la dette de l’État qui a sponsorisé le niveau de vie de sa population, en maintenant une monnaie forte et lui permettant de consommer des biens importés sans se ruiner. Sauf que cette dette, a minima malsaine, était en plus accusée d'être frauduleuse. Comme un particulier peut s’enfoncer dans la spirale des crédits, le système bancaire libanais s’est financé en mode pyramide de Ponzi - la mécanique est détaillée ici si tu veux creuser - en rémunérant ses investisseurs avec les fonds des nouveaux entrants. Sauf que quand y’a plus d’entrants, le système s’effondre.

C'est ce qu'il s'est passé ?
Yep. À partir de décembre 2018, les pépettes qui alimentent la pyramide commencent à se tarir. En effet, la diaspora arrête d’envoyer des $ dans les banques libanaises, notamment à cause de la crise des réfugiés syriens - 1 million de Syriens arrivent dans le pays pour fuir la guerre chez eux - qui déstabilise le pays et aussi parce qu’elle se méfie de plus en plus d’un système corrompu. Le Liban est classé 149e sur 180 pays dans le monde en la matière.

Je vois, donc ça éclate à ce moment-là ?
Un peu après. Fin 2019, la dette est incontrôlable et atteint 155% du PIB, le système manque de monnaie fraîche et les pays étrangers et bailleurs de fonds du Liban refusent cette fois de financer le pays sans une série de réformes préalables. Du coup, faute de $$$$, la livre libanaise chute et c’est le début de la crise. Là, les Libanais manifestent et demandent la mise en place d’un système plus propre.

Et j'imagine que la pandémie n'a rien arrangé.
Exactement. À cela, tu ajoutes la pandémie et la double détonation au port de Beyrouth en août 2020 : la plus grosse explosion non nucléaire de l’histoire qui fait 200 morts, 6000 blessés et 300 000 sans abris. Et la boucle est bouclée.

Qu'est-ce qu'on a fait ?
Après ce drame, les pays étrangers, dont la France, distribuent de l’aide d’urgence mais conditionnent les aides structurelles, qui financent la reconstruction du pays, à des réformes de fond de l’État libanais et notamment à la lutte contre la corruption.

Et depuis ?
Il ne s’est quasi rien passé. Le pays est administré par un gouvernement démissionnaire qui gère les affaires courantes. Après 9 mois de négo, la dernière tentative pour former un gouv réformateur a échoué le 15 juillet. La communauté internationale continue de pallier l’urgence mais attend un gouvernement pour sauver le pays.

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