La manifestation pour les 2 ans du Hirak

Société
Par
L'équipe Voxe
Le
24/2/21

🗞 SILIMIYA

Ce qu'il se passe.
Des milliers d’Algériens ont manifesté pour fêter les 2 ans du Hirak.

Rembobine Nasrine, c’est quoi déjà le Hirak ?
C’est le mouvement populaire qui a fait démissionner le Président Abdelaziz Bouteflika en avril 2019 après 20 ans au pouvoir. Stoppé dans son élan par le cocovirus, le Hirak a repris lundi à Alger et dans le reste du pays. Les manifestants ne célèbrent pas l’anniversaire du mouvement mais le poursuivent. Ils demandent la fin d’un régime qu’ils estiment autoritaire et corrompu, en place depuis l’Indépendance vis-à-vis de la France en 1962.

Parce que le régime en est où ?
Le processus de démocratisation n’a pas encore abouti. Côté verre à moitié plein : Bouteflika a démissionné donc un bain de sang a été évité et des consultations pour changer la Constitution ont commencé. Côté verre à moitié vide : Le Hirak n’a pas obtenu le changement complet des institutions et souffre d’une vague d’arrestations et d’emprisonnements de ses militants. Mais le chef de l’État tente des moves pour marquer les 2 ans du mouvement qu’il qualifie “d'authentique et béni”.

Atta, ils aspirent à quoi les manifestants ?
Avoir des perspectives. Déjà, l’économie est très fermée, donc offre peu de possibilités. Et ça, c'est sans compter une sévère récession pré et post coco. L’Algérie, avec la baisse des cours du pétrole, ne fait pas beaucoup de $$ avec son habituelle rente pétrolière. Résultat, la crise économique désespère les jeunes qui représentent 45% de la population et dont près de 3 sur 10 sont chômeurs en 2020 - vs 2/10 en France ou au Maroc par ex. Autre problème, l’absence de renouvellement de la classe politique qui fait dire aux manifestants « que ce sont les mêmes pions (…) qui ne travaillent pas pour le peuple ».

Et ces moves du Président ?
La semaine dernière, le Président Abdelmadjid Tebboune, élu en 2019, a gracié 60 prisonniers politiques dont 2 figures des manifs : l'opposant Rachid Nekkaz et le journaliste Khaled Drareni. Celui-ci a été libéré vendredi, mais a été de nouveau arrêté mardi. Le Président a aussi annoncé un remaniement très attendu du gouvernement, mais il semble plutôt marginal : le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, très critiqué, reste en place ; tout comme le ministre de la Justice, à la fois symbole de la lutte anticorruption et de la répression judiciaire du mouvement, Belkacem Zeghmati. Le Président Tebboune a aussi dissout l’Assemblée nationale ce qui déclenche des élections législatives dans les 6 mois.

Qu’en pensent les manifestants ?
Que ce n’est pas assez. Certains chercheurs se demandent si ce n’est pas une façon de « calmer le jeu et de faire taire la rue ». Dans cette veine, le Président Tebboune avait lancé un référendum en novembre dernier sur une nouvelle Constitution qui limite la présidence à 2 mandats et facilite la création d'assos et de manifs. Mais l’abstention maousse - seuls 23,5% des Algériens ont voté - montre qu’elle a déçu la majorité des citoyens. Pourtant, le Président considère qu’il a répondu aux demandes du mouvement et qualifie maintenant ses partisans de "magma contre-révolutionnaire ».

Je vois, et le Hirak ressemble à quoi aujourd’hui ?
C’est toujours un mouvement autonome, sans leader, ce qui le prévient d’être détourné au profit des intérêts d’une minorité. Il ne se transforme pas non plus en force politique pour rejoindre les institutions algériennes et ça en fait sa force et sa faiblesse : d’un côté il est cap de mobiliser après 2 ans et une épidémie, mais de l’autre il manque de débouchés politiques et risque de se faire aspirer par d’autres partis.

Psst. Silimiya, c’est le slogan scandé par les manifestants qui signifie « pacifique » et si tu veux mettre la bande son du Hirak dans tes oreilles, écoute  la chanson Liberté de Soolking.

🗞 SILIMIYA

Ce qu'il se passe.
Des milliers d’Algériens ont manifesté pour fêter les 2 ans du Hirak.

Rembobine Nasrine, c’est quoi déjà le Hirak ?
C’est le mouvement populaire qui a fait démissionner le Président Abdelaziz Bouteflika en avril 2019 après 20 ans au pouvoir. Stoppé dans son élan par le cocovirus, le Hirak a repris lundi à Alger et dans le reste du pays. Les manifestants ne célèbrent pas l’anniversaire du mouvement mais le poursuivent. Ils demandent la fin d’un régime qu’ils estiment autoritaire et corrompu, en place depuis l’Indépendance vis-à-vis de la France en 1962.

Parce que le régime en est où ?
Le processus de démocratisation n’a pas encore abouti. Côté verre à moitié plein : Bouteflika a démissionné donc un bain de sang a été évité et des consultations pour changer la Constitution ont commencé. Côté verre à moitié vide : Le Hirak n’a pas obtenu le changement complet des institutions et souffre d’une vague d’arrestations et d’emprisonnements de ses militants. Mais le chef de l’État tente des moves pour marquer les 2 ans du mouvement qu’il qualifie “d'authentique et béni”.

Atta, ils aspirent à quoi les manifestants ?
Avoir des perspectives. Déjà, l’économie est très fermée, donc offre peu de possibilités. Et ça, c'est sans compter une sévère récession pré et post coco. L’Algérie, avec la baisse des cours du pétrole, ne fait pas beaucoup de $$ avec son habituelle rente pétrolière. Résultat, la crise économique désespère les jeunes qui représentent 45% de la population et dont près de 3 sur 10 sont chômeurs en 2020 - vs 2/10 en France ou au Maroc par ex. Autre problème, l’absence de renouvellement de la classe politique qui fait dire aux manifestants « que ce sont les mêmes pions (…) qui ne travaillent pas pour le peuple ».

Et ces moves du Président ?
La semaine dernière, le Président Abdelmadjid Tebboune, élu en 2019, a gracié 60 prisonniers politiques dont 2 figures des manifs : l'opposant Rachid Nekkaz et le journaliste Khaled Drareni. Celui-ci a été libéré vendredi, mais a été de nouveau arrêté mardi. Le Président a aussi annoncé un remaniement très attendu du gouvernement, mais il semble plutôt marginal : le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, très critiqué, reste en place ; tout comme le ministre de la Justice, à la fois symbole de la lutte anticorruption et de la répression judiciaire du mouvement, Belkacem Zeghmati. Le Président Tebboune a aussi dissout l’Assemblée nationale ce qui déclenche des élections législatives dans les 6 mois.

Qu’en pensent les manifestants ?
Que ce n’est pas assez. Certains chercheurs se demandent si ce n’est pas une façon de « calmer le jeu et de faire taire la rue ». Dans cette veine, le Président Tebboune avait lancé un référendum en novembre dernier sur une nouvelle Constitution qui limite la présidence à 2 mandats et facilite la création d'assos et de manifs. Mais l’abstention maousse - seuls 23,5% des Algériens ont voté - montre qu’elle a déçu la majorité des citoyens. Pourtant, le Président considère qu’il a répondu aux demandes du mouvement et qualifie maintenant ses partisans de "magma contre-révolutionnaire ».

Je vois, et le Hirak ressemble à quoi aujourd’hui ?
C’est toujours un mouvement autonome, sans leader, ce qui le prévient d’être détourné au profit des intérêts d’une minorité. Il ne se transforme pas non plus en force politique pour rejoindre les institutions algériennes et ça en fait sa force et sa faiblesse : d’un côté il est cap de mobiliser après 2 ans et une épidémie, mais de l’autre il manque de débouchés politiques et risque de se faire aspirer par d’autres partis.

Psst. Silimiya, c’est le slogan scandé par les manifestants qui signifie « pacifique » et si tu veux mettre la bande son du Hirak dans tes oreilles, écoute  la chanson Liberté de Soolking.

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