La fresque féminine et l'extrême droite en Espagne

Droits humains
Par
L'équipe Voxe
Le
27/1/21

🗞 NO PASARAN

Ce qu'il se passe.
À Madrid, l’extrême droite se crispe sur le féminisme.

Rembobine Joaquin, c’est quoi le débat ?
On parle d’une fresque de 60 mètres de long peinte en 2018 sur un stade sportif dans le quartier de Ciudad Lineal, un district madrilène. La peinture représente des femmes puissantes comme Nina Simone, Rosa Parks, Frida Kahlo, la sniper de l'Armée rouge Lyudmila Pavlichenko, Billie Jean King, la vétérante militante des droits civiques et universitaire Angela Davis, la cosmonaute Valentina Tereshovka, l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, etc. On peut y lire le message suivant :  "Vos capacités ne dépendent pas de votre genre ». Problème, les élus municipaux du parti d'extrême-droite Vox (pas nous hein 🙈) exigent qu'elle soit effacée parce qu'elle porte, selon eux, un message politique déplacé sur un bâtiment public.  

Atta, mais elle avait pas été validée cette fresque ?
Si, en mai 2018, tous les partis du Conseil municipal l’approuvent. La fresque fait d’ailleurs partie d’un programme plus global de lutte contre les violences faites aux femmes. Une bataille dans laquelle, au passage, l’Espagne est à l’avant-garde : en 2018, 50 espagnoles sont mortes sous les coups de leur conjoint versus 121 en France. Mais, en 2018, l’extrême droite n’est pas au pouvoir à la municipalité et donc n’a pas voix au chapitre. Entre temps, en juin 2019, il y a des élections municipales et le Partido Popular (la droite classique) s’allie avec Ciudadanos (centre-droit) et avec l’extrême-droite de Vox, pour remporter la mairie de Madrid. Arrivés au pouvoir, les 4 élus Vox comptent se faire entendre.

Entiendo. Y que paso ?
Ce qui a enflammé le débat c’est que le Partido Popular s’est aligné avec l’extrême-droite pour demander la suppression de la fresque, ce qui montrerait une certaine porosité entre la droite classique et l’extrême droite. El Pais, le grand quotidien espagnol parle même de « guerre culturelle » dans la volonté de l’extrême droite de faire disparaître tout ce qui a existé avant eux, et notamment les femmes. Aussi, les politiques sur l’égalité des genres sont devenues l’ennemi numéro 1 de l’extrême-droite. La ville a par ex supprimé sa délégation chargée de l’égalité des femmes à la demande de Vox. Pour la fresque, même le parti de centre-droit, Ciudadanos, a joué un jeu ambigu, avant finalement de se rétracter devant la colère de la population.

Et donc, il sera effacé ce mur, al final ?
Nope. Dans l’ordre : le conseil municipal vote son remplacement par une représentation d'athlètes paralympiques mixtes. Dimanche 24 janvier, les riverains manifestent et lancent une pétition qui récolte 56 000 signatures. Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez s’en mêle et soutient la fresque sur Twitter. Mardi 26 janvier, le revirement de Ciudadanos permet de maintenir la fresque.

Et ça veut dire quoi politiquement pour l’Espagne ?
La lutte pour les droits des femmes était jusque-là un combat consensuel. Par exemple, la loi ultra pionnière de lutte contre les violences conjugales est adoptée à l’unanimité au Parlement en 2004 et le sujet a été désigné comme cause nationale en 2018. Aussi, les mouvements féministes y sont puissants. Donc c’est le choc quand Vox fait 10% aux législatives en 2019. Déjà à l’époque, son programme est clairement antiféministe :  stop aux interruptions volontaires de grossesse (IVG), suppression des quotas paritaires sur les listes électorales et des «organismes féministes radicaux subventionnés», allongement des congés de maternité et l’augmentation des allocations familiales pour les mères.

Et ça pèse lourd, Vox ?
Pas mal. C’est maintenant le 3e groupe parlementaire avec 52 députés sur 350. Deux raisons majeures expliquent son succès : 1/ l’instabilité institutionnelle : les espagnols ont voté 4 fois en 4 ans, et le fait que les partis de gauche n’arrivent pas à s’entendre pour gouverner lui laisse la place d’émerger. 2/ Face aux volontés indépendantistes en Catalogne, Vox prône une Espagne unifiée et son message séduit.

🗞 NO PASARAN

Ce qu'il se passe.
À Madrid, l’extrême droite se crispe sur le féminisme.

Rembobine Joaquin, c’est quoi le débat ?
On parle d’une fresque de 60 mètres de long peinte en 2018 sur un stade sportif dans le quartier de Ciudad Lineal, un district madrilène. La peinture représente des femmes puissantes comme Nina Simone, Rosa Parks, Frida Kahlo, la sniper de l'Armée rouge Lyudmila Pavlichenko, Billie Jean King, la vétérante militante des droits civiques et universitaire Angela Davis, la cosmonaute Valentina Tereshovka, l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, etc. On peut y lire le message suivant :  "Vos capacités ne dépendent pas de votre genre ». Problème, les élus municipaux du parti d'extrême-droite Vox (pas nous hein 🙈) exigent qu'elle soit effacée parce qu'elle porte, selon eux, un message politique déplacé sur un bâtiment public.  

Atta, mais elle avait pas été validée cette fresque ?
Si, en mai 2018, tous les partis du Conseil municipal l’approuvent. La fresque fait d’ailleurs partie d’un programme plus global de lutte contre les violences faites aux femmes. Une bataille dans laquelle, au passage, l’Espagne est à l’avant-garde : en 2018, 50 espagnoles sont mortes sous les coups de leur conjoint versus 121 en France. Mais, en 2018, l’extrême droite n’est pas au pouvoir à la municipalité et donc n’a pas voix au chapitre. Entre temps, en juin 2019, il y a des élections municipales et le Partido Popular (la droite classique) s’allie avec Ciudadanos (centre-droit) et avec l’extrême-droite de Vox, pour remporter la mairie de Madrid. Arrivés au pouvoir, les 4 élus Vox comptent se faire entendre.

Entiendo. Y que paso ?
Ce qui a enflammé le débat c’est que le Partido Popular s’est aligné avec l’extrême-droite pour demander la suppression de la fresque, ce qui montrerait une certaine porosité entre la droite classique et l’extrême droite. El Pais, le grand quotidien espagnol parle même de « guerre culturelle » dans la volonté de l’extrême droite de faire disparaître tout ce qui a existé avant eux, et notamment les femmes. Aussi, les politiques sur l’égalité des genres sont devenues l’ennemi numéro 1 de l’extrême-droite. La ville a par ex supprimé sa délégation chargée de l’égalité des femmes à la demande de Vox. Pour la fresque, même le parti de centre-droit, Ciudadanos, a joué un jeu ambigu, avant finalement de se rétracter devant la colère de la population.

Et donc, il sera effacé ce mur, al final ?
Nope. Dans l’ordre : le conseil municipal vote son remplacement par une représentation d'athlètes paralympiques mixtes. Dimanche 24 janvier, les riverains manifestent et lancent une pétition qui récolte 56 000 signatures. Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez s’en mêle et soutient la fresque sur Twitter. Mardi 26 janvier, le revirement de Ciudadanos permet de maintenir la fresque.

Et ça veut dire quoi politiquement pour l’Espagne ?
La lutte pour les droits des femmes était jusque-là un combat consensuel. Par exemple, la loi ultra pionnière de lutte contre les violences conjugales est adoptée à l’unanimité au Parlement en 2004 et le sujet a été désigné comme cause nationale en 2018. Aussi, les mouvements féministes y sont puissants. Donc c’est le choc quand Vox fait 10% aux législatives en 2019. Déjà à l’époque, son programme est clairement antiféministe :  stop aux interruptions volontaires de grossesse (IVG), suppression des quotas paritaires sur les listes électorales et des «organismes féministes radicaux subventionnés», allongement des congés de maternité et l’augmentation des allocations familiales pour les mères.

Et ça pèse lourd, Vox ?
Pas mal. C’est maintenant le 3e groupe parlementaire avec 52 députés sur 350. Deux raisons majeures expliquent son succès : 1/ l’instabilité institutionnelle : les espagnols ont voté 4 fois en 4 ans, et le fait que les partis de gauche n’arrivent pas à s’entendre pour gouverner lui laisse la place d’émerger. 2/ Face aux volontés indépendantistes en Catalogne, Vox prône une Espagne unifiée et son message séduit.

Malheureusement, cet article est uniquement disponible pour les abonnés du Club de Voxe.

Inscrivez-vous au club ou connectez-vous à votre compte.

Découvrir la Quotidienne de Voxe