La France aurait sous-évalué l’impact de ses essais nucléaires en Polynésie.

Environnement
Par
L'équipe Voxe
Le
11/3/21

Un journaliste, un chercheur et un collectif qui ont analysé pendant deux ans 2000 pages de documents militaires français déclassifiés en 2013. En s’appuyant sur ces docs, ils ont recalculé le niveau de radioactivité subi par les habitants des îles Gambier, de Tureia et de Tahiti pendant 6 essais nucléaires considérés comme les plus contaminants effectués en Polynésie française.

Et, résultat ?
L’étude reconnue par les autorités sur le sujet est celle menée en 2006 par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), un centre de recherche public. Or, selon les auteurs de cette nouvelle enquête, le niveau de réactivité était entre 2 et 10 fois supérieur aux données du CEA. Notamment parce qu’ils interprètent différemment certaines données.

Atta mais c’est quoi des « essais nucléaires » ?
C’est faire exploser une bombe nucléaire à des fins expérimentales. L’objectif, c’est de tester dans la réalité et de comprendre les effets d’une explosion. Enfin, ça permet à un pays de dire au monde qu’il dispose de l’arme nucléaire. Par ex, après l'essai Gerboise bleue le 13 février 1960, la France est devenue la 4e puissance nucléaire, après les US, l'URSS et le UK. En tout, on a réalisé 210 essais entre 1960 et 1996, d’abord dans le désert algérien puis en Polynésie française. En 1996, les essais ont été stoppés après avoir signé le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires qui, by the way, n’est toujours pas entré en vigueur parce que pas encore validé par les parlements (= pas ratifié) des 44 États qui l’ont signé.

Mais on connaissait les conséquences à l’époque ?
Il faut savoir qu’il y a plusieurs manières de faire des essais : soit on fait exploser des bombes sur une barge, un bateau plat, soit on les accroche à des ballons dirigeables. Pour les tirs sur barge, les enquêteurs affirment que l’armée était consciente qu’ils étaient « sales ». Pour les ballons, il semble qu’on a d’abord cru que c’était moins dangereux « mais très vite, on se rend compte qu’il y a un risque de contamination pour les populations civiles » estiment les auteurs.

Les risques sur la santé, c’est ?
A priori, des cancers, mais tout le monde n’est pas d’accord sur le lien de cause à effet. Une commission d’enquête du Sénat de 2009 conclut que les essais nucléaires seraient à l’origine de cancers chez les militaires et des personnes habitant près des zones d’essais. L’année suivante, cette enquête donne naissance à une loi sur la reconnaissance et l'indemnisation des victimes. Le ministère de la Santé polynésien a, lui aussi, attesté de l’existence de foyers de cancers dans certaines îles et fait le lien entre essais et cancer mais reste prudent en employant le conditionnel. Enfin, réponse différente de l’Inserm - organisme public de recherche - qui dit qu’il ne peut ni confirmer, ni infirmer le lien entre cancer et essais nucléaires.

Complicado. Et les conséquences de l’enquête, c’est ?
Elle a potentiellement un impact sur l’indemnisation des victimes car, depuis la loi de 2010, si on a été exposé à la radioactivité et qu’on contracte une maladie liée aux essais, l’État français peut vous indemniser. Ainsi, l’enquête pourrait changer le sort de 110 000 personnes, soit à peu près la population des archipels à l’époque. Sachant qu’aujourd’hui, hors militaires et prestataires privés - seuls 63 civils polynésiens auraient touché des indemnités.

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